ernesto riveiro

Chiqui Nasser, 1990
____________________________

Ernesto Riveiro: L'Unité des Contrastes
Chiqui Nasser avec la participation de Mireille Delbraccio, revue Canal N°4 1990

Nous avons eu, Ernesto Riveiro et moi, deux rencontres la première informelle, qui se résume presque à un regard ; la seconde, pour laquelle j'avais établi un ordre de questions qui, plutôt que de favoriser des réponses, produisit simplement des effets. Le «classique» entretien est alors devenu une conversation construite à la manière du travail d'Ernesto Riveiro : une conversation qui se faisait par elle-même.
Voici ce que j'ai vu des assemblages de figures, d'une approximative gémométrie, de matières, réunies par l'intervention de techniques diverses, qui composent une véritable combinatoire du fragmentaire.
C'est ainsi qu'Ernesto Riveiro construit ce qui se donne à voir comme des tableaux.
Peindre sans peindre tel m'apparaît son geste propre. La matière devient elle-même un enjeu et le support se transforme en sujet. On devine les surprises joyeuses que Riveiro éprouve devant les résultats de son expérimentation des techniques, des matériaux... On devine aussi sa surprise profonde devant la rencontre de ces fragments. Alliance secrète entre la liberté de l'expérimentation et la nécessité du geste.
Voici ce que j'ai entendu d'Ernesto Riveiro :

FRACTIONNEMENT

Triptyque, diptyque...
—« Je suis parti d'un travail sur une surface unitaire. Je n'étais pas satisfait. J'ai pris conscience du problème que cela me posait quand je travaillais sur des tableaux « classiques », c'est-à-dire des tableaux « unitaires », je me trouvais confronté à une angoisse trop forte on ne peut s'empêcher de voir ce que l'on a déjà fait, on se livre à la spéculation, on est contraint de suivre une certaine logique, et celle-ci ne m'intéresse pas.
En travaillant par panneaux, je suis arrivé, je crois, à quelque chose de plus léger, de plus libre. Au départ, je n'avais pas l'intention formelle de réaliser des diptyques ou des triptyques cela m'est venu à partir d'un impossible. »

JONCTION

—« Normalement, je travaille relativement vite et je peux mener plusieurs actions à la fois sur un même panneau parfois aussi, je fais très peu, et cela reste comme ça.
Je ne pense jamais le résultat à venir; il n'y a pas d'intentionnalité au départ de mon travail.
Les panneaux se rejoignent, restent tels quel, se baladent. En deux ans de travail, deux panneaux seulement sont restés « solitaires ». J'ai décidé de les laisser comme ça et ils n'ont jamais trouvé de « partenaire ». Pourquoi pas ? Je ne cherche pas systématiquement à les mettre ensemble ».

MATÉRIALITÉ

— « Je dispose de nombreux matériaux dans l'atelier (bois, cire, chlorate de potassium, etc.) que j'utilise au fur et à mesure. Il s'agit vraiment d'un geste : cela passe par les mains.
Ce qui est intéressant c'est que chaque matériau possède son langage propre : il faut entrevoir comment il se comporte, de quelle manière il réagit.
L'expérimentation est ainsi dégagée de toute intervention de la volonté ou d'une quelconque intentionnalité.
Dans la matérialité, il y a une sorte de danse combinatoire où, à un moment donné, on rencontre des résultats, et ceux-ci sont toujours étonnants ».

GÉOMETRIE

— « Sans doute y-a-t-il de la géométrie, parce qu'on trouve des triangles, un cercle ou peut-être encore un carré. Mais je ne me sens pas très proche de la peinture géométrique.
Il s'agit là de figures très simples, dont la présence est justifiée par une rapidité d'exécution ».


TEMPS

—« Il y a le temps que peut prendre la réalisation d'un travail et il a aussi le temps que prend chaque opération. La fabrication d'u panneau peut requérir une, deux ou trois opérations.
En général, les panneaux restent trois ou quatre mois à l'atelier. De temps en temps, je les confronte à l'assemblage.
On entre alors dans le temps de l'achèvement de la pièce: cela peut prendre un temps très long, un, deux ou trois mois ou cela peut se faire d'emblée. Il n'y a pas de règle.
Tout est toujours en train de travailler et mon intervention est réduite. Quand je sors de l'atelier j'ai toujours l'impression que quelque chose continue de travailler; il y a toujours quelque chose en train de se faire sans que je sache vraiment quoi ».

DÉFINITION PERSONNELLE

—« Au début, on veut tout faire. Ensuite, on s'aperçoit que tout n'est pas profitable. Il reste à trouver le geste adéquat : tout le problème est là.
Quand j'ai commencé à travailler de cette manière, j'ai ressenti que je touchais à une certaine justesse, à quelque chose qui me convenait ».

Entretien avec Chiqui Nasser
avec la participation de Mireille Delbraccio
Paru en 1990 dans la revue Canal n°4 avril-mai


ernesto riveiro
1990, Chiqui Nasser


Chiqui Nasser, 1990
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Ernesto Riveiro: L'Unité des Contrastes
Chiqui Nasser avec la participation de Mireille Delbraccio, revue Canal N°4 1990

Nous avons eu, Ernesto Riveiro et moi, deux rencontres la première informelle, qui se résume presque à un regard ; la seconde, pour laquelle j'avais établi un ordre de questions qui, plutôt que de favoriser des réponses, produisit simplement des effets. Le «classique» entretien est alors devenu une conversation construite à la manière du travail d'Ernesto Riveiro : une conversation qui se faisait par elle-même.
Voici ce que j'ai vu des assemblages de figures, d'une approximative gémométrie, de matières, réunies par l'intervention de techniques diverses, qui composent une véritable combinatoire du fragmentaire.
C'est ainsi qu'Ernesto Riveiro construit ce qui se donne à voir comme des tableaux.
Peindre sans peindre tel m'apparaît son geste propre. La matière devient elle-même un enjeu et le support se transforme en sujet. On devine les surprises joyeuses que Riveiro éprouve devant les résultats de son expérimentation des techniques, des matériaux... On devine aussi sa surprise profonde devant la rencontre de ces fragments. Alliance secrète entre la liberté de l'expérimentation et la nécessité du geste.
Voici ce que j'ai entendu d'Ernesto Riveiro :

FRACTIONNEMENT

Triptyque, diptyque...
—« Je suis parti d'un travail sur une surface unitaire. Je n'étais pas satisfait. J'ai pris conscience du problème que cela me posait quand je travaillais sur des tableaux « classiques », c'est-à-dire des tableaux « unitaires », je me trouvais confronté à une angoisse trop forte on ne peut s'empêcher de voir ce que l'on a déjà fait, on se livre à la spéculation, on est contraint de suivre une certaine logique, et celle-ci ne m'intéresse pas.
En travaillant par panneaux, je suis arrivé, je crois, à quelque chose de plus léger, de plus libre. Au départ, je n'avais pas l'intention formelle de réaliser des diptyques ou des triptyques cela m'est venu à partir d'un impossible. »

JONCTION

—« Normalement, je travaille relativement vite et je peux mener plusieurs actions à la fois sur un même panneau parfois aussi, je fais très peu, et cela reste comme ça.
Je ne pense jamais le résultat à venir; il n'y a pas d'intentionnalité au départ de mon travail.
Les panneaux se rejoignent, restent tels quel, se baladent. En deux ans de travail, deux panneaux seulement sont restés « solitaires ». J'ai décidé de les laisser comme ça et ils n'ont jamais trouvé de « partenaire ». Pourquoi pas ? Je ne cherche pas systématiquement à les mettre ensemble ».

MATÉRIALITÉ

— « Je dispose de nombreux matériaux dans l'atelier (bois, cire, chlorate de potassium, etc.) que j'utilise au fur et à mesure. Il s'agit vraiment d'un geste : cela passe par les mains.
Ce qui est intéressant c'est que chaque matériau possède son langage propre : il faut entrevoir comment il se comporte, de quelle manière il réagit.
L'expérimentation est ainsi dégagée de toute intervention de la volonté ou d'une quelconque intentionnalité.
Dans la matérialité, il y a une sorte de danse combinatoire où, à un moment donné, on rencontre des résultats, et ceux-ci sont toujours étonnants ».

GÉOMETRIE

— « Sans doute y-a-t-il de la géométrie, parce qu'on trouve des triangles, un cercle ou peut-être encore un carré. Mais je ne me sens pas très proche de la peinture géométrique.
Il s'agit là de figures très simples, dont la présence est justifiée par une rapidité d'exécution ».


TEMPS

—« Il y a le temps que peut prendre la réalisation d'un travail et il a aussi le temps que prend chaque opération. La fabrication d'u panneau peut requérir une, deux ou trois opérations.
En général, les panneaux restent trois ou quatre mois à l'atelier. De temps en temps, je les confronte à l'assemblage.
On entre alors dans le temps de l'achèvement de la pièce: cela peut prendre un temps très long, un, deux ou trois mois ou cela peut se faire d'emblée. Il n'y a pas de règle.
Tout est toujours en train de travailler et mon intervention est réduite. Quand je sors de l'atelier j'ai toujours l'impression que quelque chose continue de travailler; il y a toujours quelque chose en train de se faire sans que je sache vraiment quoi ».

DÉFINITION PERSONNELLE

—« Au début, on veut tout faire. Ensuite, on s'aperçoit que tout n'est pas profitable. Il reste à trouver le geste adéquat : tout le problème est là.
Quand j'ai commencé à travailler de cette manière, j'ai ressenti que je touchais à une certaine justesse, à quelque chose qui me convenait ».

Entretien avec Chiqui Nasser
avec la participation de Mireille Delbraccio
Paru en 1990 dans la revue Canal n°4 avril-mai