ernesto riveiro

Philippe Cyroulnik, 2015
____________________________

Ernesto, Sur le fil
Philippe Cyroulnik, février 2015



ernesto_riveiro 2013 . acryl sur toile (Ref.03). 120 × 120 cm.

Ernesto,
sur le fil du pinceau

un trait qui se déploie dans l’espace du blanc
un trait qui serpente se noue et se dénoue
un trait parfois anguleux brisé par l’inflexion de la main

comme une pensée vagabonde qui déambule dans l’incertain de son devenir
comme une pensée qui a aussi ses arrêtes vives et ses replis

couleurs d’un paysage intérieur à l’image du paysage de la peinture
couleur délavée des coulées inabouties
couleur qui chevauche la ligne, la déborde mais peut en être sertie

forme fragile instable qui s’en arrache sans s’en détacher complétement
forme totémique comme ébranlée par la menace d’une dissolution

entre l’immobile du tableau et le déplacement de la main
entre l’émergence et l’enfouissement
entre l’apparition et l’effacement

la peinture comme un mouvement en deçà ou au delà de l’identifiable
la peinture comme un affleurement d’une image à la surface

signes qui seraient les fantômes d’une écriture sans récit
signes qui seraient comme la geste de la peinture se faisant
signes mutiques portant l’ombre d’un réel qu’on ne peut nommer

territoire où se mettent en place les protagonistes du tableau
territoire où se mettent en ordre de bataille lignes traits taches et pans
territoire où les équilibres se tiennent ou se brisent

lacis qui trame l’espace avec ses filets et ses trouées
lacis qui peut s’épandre dans le champ coloré
lacis qui se peut condenser dans une figure

ombre d’une figure comme mirage de la forme
ombre d’une silhouette comme la bordure d’un trait

d’un bord à l’autre de continents
de l’un à l’autre monde
les masques et totems archaïques de l’imaginaire andin
l’art de la tache et du trait de l’orient à l’occident
une véhémence portègne
une douceur tempérée de bord de Loire

une signalétique qui échappe au langage
un visible qui prend la langue en défaut
des cryptogrammes sans code

c’est dans sa lenteur que nait la vivacité du trait
c’est dans ses blancs que la couleur déborde
c’est dans ses tons sourds qu’on devine leur tintamarre
il en est ici des éclats du trait et de la couleur
comme les éclats de voix dans le brouillard
le familier devient étranger à nous même
les mots restent celés sur le bout de la langue
les formes restent confinées au bord de la vision
juste en deçà d’une consistance n’advenant pas

nous qui les regardons
nous qui posons notre regard

Sur

ce qui ne se résigne jamais à être une scène ou un paysage
ce qui nous appelle nous emporte
ce qui nous fait perdre vue comme on perd pied

Ici

pas d’histoires pas d’allégories pas d’images pieuses
pas de scène de l’Histoire
pas de storytelling
pas de mise en forme des sentiments

Voilà

une déambulation
des rencontres fortuites
qui laissent des traces
un espace hasardeux
rigoureusement organisé

Ernesto sur le fil du pinceau
et nous aphasiques de la vision

dans le plaisir
d’une description qui n’épuise pas le sujet
d’un décryptage qui a toujours sa part d’ombre
d’un levé de regard que la peinture disperse dans ses hors champs

les temps se confondent
les fantômes se croisent au détour d’un trait, d’une tache ou d’une couleur
Jean Baptiste Corot a déposé quelques tons dans le champ de la couleur
un sol de Dubuffet une herbe folle et difforme de Guston
au coin d’un tableau De La Vega et Noé ont fini leur maté
dans un autre coin une dispute occupe De Kooning et Picasso

Ernesto ne s’attarde pas
il emporte un peu de chacun et de quelques autres
dans son territoire
L’atelier

Philippe Cyroulnik,
Directeur du 19, CRAC de Montbeliard, février 2015


ernesto riveiro
2015, Philippe Cyroulnik


Philippe Cyroulnik, 2015
____________________________

Ernesto, Sur le fil
Philippe Cyroulnik, février 2015



ernesto_riveiro 2013 . acryl sur toile (Ref.03). 120 × 120 cm.

Ernesto,
sur le fil du pinceau

un trait qui se déploie dans l’espace du blanc
un trait qui serpente se noue et se dénoue
un trait parfois anguleux brisé par l’inflexion de la main

comme une pensée vagabonde qui déambule dans l’incertain de son devenir
comme une pensée qui a aussi ses arrêtes vives et ses replis

couleurs d’un paysage intérieur à l’image du paysage de la peinture
couleur délavée des coulées inabouties
couleur qui chevauche la ligne, la déborde mais peut en être sertie

forme fragile instable qui s’en arrache sans s’en détacher complétement
forme totémique comme ébranlée par la menace d’une dissolution

entre l’immobile du tableau et le déplacement de la main
entre l’émergence et l’enfouissement
entre l’apparition et l’effacement

la peinture comme un mouvement en deçà ou au delà de l’identifiable
la peinture comme un affleurement d’une image à la surface

signes qui seraient les fantômes d’une écriture sans récit
signes qui seraient comme la geste de la peinture se faisant
signes mutiques portant l’ombre d’un réel qu’on ne peut nommer

territoire où se mettent en place les protagonistes du tableau
territoire où se mettent en ordre de bataille lignes traits taches et pans
territoire où les équilibres se tiennent ou se brisent

lacis qui trame l’espace avec ses filets et ses trouées
lacis qui peut s’épandre dans le champ coloré
lacis qui se peut condenser dans une figure

ombre d’une figure comme mirage de la forme
ombre d’une silhouette comme la bordure d’un trait

d’un bord à l’autre de continents
de l’un à l’autre monde
les masques et totems archaïques de l’imaginaire andin
l’art de la tache et du trait de l’orient à l’occident
une véhémence portègne
une douceur tempérée de bord de Loire

une signalétique qui échappe au langage
un visible qui prend la langue en défaut
des cryptogrammes sans code

c’est dans sa lenteur que nait la vivacité du trait
c’est dans ses blancs que la couleur déborde
c’est dans ses tons sourds qu’on devine leur tintamarre
il en est ici des éclats du trait et de la couleur
comme les éclats de voix dans le brouillard
le familier devient étranger à nous même
les mots restent celés sur le bout de la langue
les formes restent confinées au bord de la vision
juste en deçà d’une consistance n’advenant pas

nous qui les regardons
nous qui posons notre regard

Sur

ce qui ne se résigne jamais à être une scène ou un paysage
ce qui nous appelle nous emporte
ce qui nous fait perdre vue comme on perd pied

Ici

pas d’histoires pas d’allégories pas d’images pieuses
pas de scène de l’Histoire
pas de storytelling
pas de mise en forme des sentiments

Voilà

une déambulation
des rencontres fortuites
qui laissent des traces
un espace hasardeux
rigoureusement organisé

Ernesto sur le fil du pinceau
et nous aphasiques de la vision

dans le plaisir
d’une description qui n’épuise pas le sujet
d’un décryptage qui a toujours sa part d’ombre
d’un levé de regard que la peinture disperse dans ses hors champs

les temps se confondent
les fantômes se croisent au détour d’un trait, d’une tache ou d’une couleur
Jean Baptiste Corot a déposé quelques tons dans le champ de la couleur
un sol de Dubuffet une herbe folle et difforme de Guston
au coin d’un tableau De La Vega et Noé ont fini leur maté
dans un autre coin une dispute occupe De Kooning et Picasso

Ernesto ne s’attarde pas
il emporte un peu de chacun et de quelques autres
dans son territoire
L’atelier

Philippe Cyroulnik,
Directeur du 19, CRAC de Montbeliard, février 2015